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Sécurité et migration

Sécurité et migration : des moyens économiques pour atteindre des objectifs politiques

Les questions de sécurité sont abordées dans le cadre des plans d’action adoptés à l’occasion des Sommets des Amériques. Parmi celles-ci, une fait l’objet d’un intérêt particulier et soulève beaucoup de problèmes, non résolus jusqu’à présent : celle des mouvements migratoires. La question est posée tant dans les relations entre les EPT et les États-Unis qu’entre ces dernières.

La « pression migratoire », pour reprendre l’expression consacrée, suscite deux types de réaction de la part des pays hôtes : l’une, de portée immédiate, consiste à tenter d’améliorer l’efficacité des mesures de contrôle des entrées sur le territoire ; l’autre, indirecte, vise par l’ouverture économique à réduire les migrations. C’est à la seconde initiative que la recherche s’intéresse, en montrant deux logiques sous-tendant l’objectif de réduction des migrations par l’ouverture économique. La première logique, apparue aux États-Unis au milieu des années 1980/début des années 90 dans un contexte de maîtrise de l’immigration, revient à dire que le développement dans les pays de départ permet de réduire les flux migratoires. Ainsi, en libéralisant le commerce des biens et des services, ou encore, en augmentant les investissements directs à l’étranger, les gouvernements hôtes espèrent que plus d’emplois seront crées dans les pays à fort potentiel migratoire, réduisant par conséquent l’intention d’émigrer sur le long terme. Les arguments entre croissance économique et réduction des migrations sont sujets à controverse, qualifiés par certains auteurs de "simplistes" ou de "surréalistes" : si tout le monde s’entend, en effet, sur le fait qu’une intégration économique provoque une émigration du court au moyen terme (plusieurs décennies), il n’est pas évident que cette émigration soit résorbée dans le long terme. Ainsi, quelle que soit l’amélioration à attendre de la libéralisation des échanges, la préférence pour l’émigration restera toujours forte pour certaines catégories de la population. La deuxième logique conditionne l’ouverture économique offerte par les pays d’accueil à des actions concrètes en matière de gestion des flux migratoires de la part des pays de départ (lutte contre l’immigration clandestine, sécurisation des frontières, zones-tampons etc.)

Les Amériques sont le théâtre, actuellement, de ces deux manifestations du lien entre économie et migration. À travers la signature des récents accords bilatéraux de libre échange signés entre les États-Unis et certains pays tiers d’Amérique latine - notamment afin de détourner les obstacles à la réalisation de la ZLÉA-, les États-Unis espèrent pouvoir juguler l’émigration en provenance de ces pays, comme ce fut le cas lors de la signature de l’ALENA. L’inclusion du Mexique dans l’ALENA est venue en effet partiellement de la volonté de réguler l’émigration en provenance du Mexique, et pourtant, les questions migratoires étaient volontairement exclues de cet échange. Le lien entre développement et flux migratoires constitue donc une motivation implicite dans les nouveaux accords bilatéraux qui constituent une "ALENA bis". Les négociations entourant la création de la ZLEA font montre d’une toute autre dynamique : les États-Unis exigent en effet de leurs voisins du Sud qu’ils assurent une sécurité hémisphérique comprenant en son sein, entre autres, des mécanismes de lutte contre l’immigration illégale apparentée au terrorisme et au crime organisé. Le lien entre migration, économie et sécurité s’opère ainsi parallèlement à une construction de la « forteresse nord-américaine » en dehors des limites de ses frontières, avec une volonté clairement affichée de contrôler les migrations « à la source ». Ces politiques datent de bien avant les événements terroristes du 11 septembre 2001, cependant, il est clair que le 11 septembre a renforcé ce lien déjà existant entre gestion de l’immigration et ouverture de l’économie, et ce, sur une toile de fond nettement plus sécuritaire.

La question de recherche est la suivante : comment se manifeste la politique économique étasunienne en matière de migration au sein des EPT, et quels sont les effets d’une telle politique sur les EPT ? Deux axes de réponses feront l’objet d’une étude particulière, et ce, dans une perspective comparative (bilatéralisme, sous régionalisme, et régionalisme hémisphérique) : (1) la protection des migrants et (2) la prise en compte de spécificités propres aux pays du Sud (pays de départ). L’analyse comparative des accords se fera à partir d’une grille d’analyse des contenus construite à partir des dimensions propres au cheminement de la recherche (énoncés de la recherche, documents de stratégie, textes de lois, accords, études et articles traitant du sujet). Une étude des effets de ces accords, à la fois sur les migrants eux-mêmes et sur les politiques des pays de départ, aura lieu dans cette perspective. Dès à présent, il est possible de formuler les principaux enjeux de la recherche :

Préoccupations communes aux questions migratoires dans les Amériques : quel que soit le type d’accord signé, les États-Unis négligent deux phénomènes sous régionaux importants, le rôle joué par les remises de fonds et les migrations Sud/Sud. Sur le premier point, dans l’état actuel du développement inégal entre les nations, la population active partie en émigration offre des retombées très positives pour les pays d’origine. Ces retombées sont particulièrement importantes dans un contexte où l’aide officielle au développement est en chute libre depuis 1992. Sur le deuxième point, on constate à la fois un accroissement des flux traditionnels (Mexicains vers les États-Unis, Centraméricains vers le Mexique et le Costa Rica, Haïtiens vers la République Dominicaine) et de nouveaux mouvements, notamment en Amérique du Sud du fait des difficultés économiques persistantes En outre, les droits des travailleurs migrants dans le pays d’accueil sont, soit complètement ignorés des négociations (accords bilatéraux), soit considérés sur papier (ce qui traduit tout de même une nette avancée par rapport aux accords bilatéraux) mais non accompagnés de mesures concrètes (négociations entourant la ZLEA). Enfin, ces politiques économiques sont toutes deux inefficaces : tant que subsisteront des écarts sociaux et économiques importants entre les pays de départ et ceux d’arrivée, les gens continueront à immigrer. La gestion accrue des flux profite donc avant tout aux passeurs qui, fortunés, utilisent des techniques de plus en plus sophistiquées.

Préoccupations propres aux accords bilatéraux de libre-échange : elles tiennent compte des effets négatifs de l’ALENA, largement étudiés par la doctrine, notamment : la paupérisation et le déplacement forcé des agriculteurs d’Amérique latine, incapables de concurrencer les producteurs agricoles américains ; l’accroissement et le maintien dans la clandestinité d’une main d’œuvre bon marché, facilement exploitable, qui préfère rester au nord de la frontière, de peur de ne pouvoir la passer une deuxième fois, et afin d’être certaine de s’y trouver lorsque de nouvelles possibilités de travail s’offriront à elle. Préoccupations propres aux négociations entourant la mise en place de la ZLEA : la politique sécuritaire qui domine le lien entre migration et économie au sein de la ZLEA est peu solidaire des pays d’origine. Les EPT sont aux prises avec des problèmes nettement plus pressants que l’immigration illégale, et les menaces grandissantes pour ces derniers ne se trouvent pas à l’extérieur mais plutôt à l’intérieur des frontières, alors qu’il s’agit avant tout d’assurer la sécurité interne du pays, et donc de remédier aux maux sociaux et économiques les plus déstabilisants. En outre, cette politique risque fort de réduire à néant les efforts de certains blocs régionaux visant à permettre la libre circulation des biens et des personnes.


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